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JEANPIERRE
BRAZS La peinture, aujourd'hui
libérée des stratégies de représentation ou
de suggestion du monde visible, peut se préoccuper d'être.
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Mesdames, Messieurs, Je suis très heureux d’avoir l’occasion de vous proposer, à l’invitation du Conservatoire des ocres et pigments appliqués de Roussillon, quelques interrogations qui guident ma pratique artistique. Mon propos s’inscrit dans deux contextes : celui d’un atelier destiné à transmettre des savoir-faire techniques qui vient d’avoir lieu ici même, et celui d'un thème général de manifestations proposé par Okhra: « parlons couleurs ! ». Il sera donc autant question de techniques picturales que de paroles échangées. |
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| Peindre
et regarder |
La peinture peut être abordée au sens restreint comme objet, elle peut aussi être considérée comme un dispositif si on choisi une approche plus large. Avant de vous présenter des expériences concrètes il est nécessaire de rappeler quelques notions et tout d’abord, pour rassurer celles et ceux que le terme « dispositif » pourrait choquer, qu’il a pour voisins des expressions comme « disposer de matériaux et de savoir-faire », « disposer des couleurs sur la toile », « mettre des œuvres à disposition » etc… Il
existe depuis toujours un double dispositif permettant de produire et
de voir de la peinture. De tout temps un artiste a pu soit s’inscrire dans des catégories et des hiérarchies existantes, ou bien s’en affranchir. Même s’il y a une réelle difficulté à aborder la peinture aujourd’hui en se détachant des codes établis au cours d’une déjà longue histoire de l’art on peut constater un élargissement du domaine d’intervention du peintre qui n’a plus seulement à se préoccuper de la production de l’objet peint, mais peut intégrer dans ses réflexions le contexte de production et de vision de la peinture. Ceci conduit depuis longtemps nombre d’artistes à considérer comme matière à manipuler les dispositifs de production et de monstration, pour lesquels il est possible d’organiser librement de nouvelles hiérarchies. On peut dire aujourd’hui que la peinture est constituée par sa réalité matérielle et par l’ensemble des dispositifs permettant de la produire, de la regarder et de la comprendre. Je considère par exemple que cette conférence ici même, en ce moment, n’est pas un moyen de parler mon travail artistique, mais un dispositif artistique en soi. |
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| La
peinture comme fragment du réel |
Daphné
Le Sergent donne une bonne définition du dispositif contemporain
: Cette définition peut s’appliquer a tous les systèmes de monstration, y compris à ceux relevant des arts plastiques et me conduit à poser la question : pourquoi ne pas prendre comme « fragments du réel » la peinture elle-même ? Peindre peut ainsi consister à mettre en place des dispositifs pour voir la peinture. |
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| L’élémentaire
de la peinture |
Il
est intéressant dans ce cas de retrouver ce qui peut constituer
la forme élémentaire de ce réel. La
peinture, je le répète, s’inscrit dans deux processus
: création et monstration. L’objet peint ayant une matérialité, il est assuré d’une certaine pérennité. Avec le temps l’œuvre va continuer à être regardée, mais selon des dispositifs de mise en regard différents. Elle pourra prendre des significations différentes de celles qu’elle avait dans le contexte dans lequel elle a été crée. En regardant les choses à un niveau élémentaire, celui des techniques picturales utilisées, on peut constater que si une technique a été mise au point dans un contexte particulier avec pour but d’obtenir un effet visuel particulier, une fois établie elle peut perdurer en tant que savoir-faire technique et être utilisée dans d’autres contextes comme élément d’autres systèmes picturaux. |
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Un détour par les glacis
> Glacis, effets et techniques *pdf |
Un
exemple caractéristique est celui des glacis « inventés
» au XVe siècle. Le
glacis n’a pu exister que grâce à l’élaboration
d’un medium particulier nécessitant en particulier la maîtrise
de la cuisson des huiles et l’utilisation comme solvant d’une
essence volatile. Cette connaissance technique le rendait possible On comprend que le fait d’associer techniques anciennes et formes anciennes est un moyen d’évitement de cette question et que la transmission de savoir-faire anciens doit être pratiquée avec précaution.
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Créer des «faits picturaux» |
Je
vais en terminer ici avec se préambule un peu théorique
pour vous présenter quelques exemples.
Pour être plus concret je voudrais rapidement vous présenter des réalisations récentes et des travaux en cours
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| INTERIEUR La
première partie du travail a consisté à réaliser
une sorte de synthèse de différentes peintures hollandaises
du XVe siècle figurant des scènes d’intérieur.
> exposition : atelier Ocre d’art, Châteauroux, 2001
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PROTOCOLES DE FORMES Pour en revenir au dessin le plus simple qui soit j’ai d’abord appliqué le protocole de réalisation suivant : remplir des feuilles de papier d’un geste répétitif. Puis,
souhaitant obtenir une « présence » au centre de la
feuille j’ai appliqué ce geste d’abord sur la partie
droite de la feuille, puis après retournement du support j’ai
rempli l’autre moitié en provoquant un chevauchement au centre.
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J’ai
(vingt ans plus tard) appliqué ce protocole de remplissage d’une
surface à la réalisation de panneaux peints. - les reprises avec une émulsion blanche - les glacis finaux d’une couleur terre.
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Ces panneaux ont été réalisés selon 6 protocoles groupés deux à deux.
Chacun de ces protocoles a été réalisés 12 fois, ce qui constitue un ensemble de 72 panneaux dont il reste à définir les lieux et les modes de présentation. > Protocoles de formes, 2006-2007
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| J’ai pris soin au cours de la réalisation de ces peintures de laisser chaque étape de réalisation apparente en bordure du panneau. Il est intéressant de comparer le résultat obtenu en montrant la réalité de la stratigraphie picturale avec la même peinture qui la cacherait. |
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TALVERA
PICTORIALIS Ce travail
en cours consiste simplement à intervenir sur des murs ayant reçu
au cours du temps des couches successives de peinture, de papier peint
et de crasse. La constitution
de ce fait pictural (sans ajout de matière) est en fait un passage
du diachronique au synchronique : des couches picturales qui autrefois
était opaques et successives se trouvent juxtaposées. |
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CONTE PICTURAL
Peintures réalisées sur des panneaux de bois de format carré de 50 cm de côté - Aucune date, aucune signature […] - Le thème est une lisière de forêt sans aucun ciel, et sans premier plan - Les arbres sont éclairés par la gauche d'une lumière qui semble celle d’une fin de journée - Facture proche d’œuvres de la première moitié du XIXe siècle, réalisées en atelier à partir de croquis pris en extérieur […] Point remarquable : partie basse restée vierge sur une bande horizontale de 3,5 cm - présence d’une marque longitudinale sur l’enduit brut : le panneau était peut-être inséré dans un « dispositif » - Hypothèse renforcée par le fait qu’aucun système d’accrochage n’existe au dos du panneau. |
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Considérant le panneau peint comme un élément d’un tout, il restait à imaginer la nature de la partie manquante et l’utilité d’un tel assemblage. Le peu d’indices ne rendait pas la tâche aisée et la recherche aurait pu s’avérer vaine, si quelques mois plus tard, lors d’une visite au Musée d’Orsay à Paris, une découverte surprenante n’en avait relancé l’intérêt. Dans
une salle peu fréquentée par le public se trouvait une peinture
de paysage. La même lisière, la même lumière
! Et surtout, la peinture cette fois-ci était complète :
un peu de ciel se devinait au travers des feuillages d’automne et
de grosses pierres occupaient un premier plan constituant le véritable
thème du tableau. Son attribution à un peintre de l’École
de Barbizon n’était pas certaine, mais le titre donnait une
précieuse indication : Hameau de la Cheirade, 1851. Il était
dès lors possible de considérer que le panneau du musée
de Guéret constituait un fond, devant lequel étaient disposés
des éléments en volume, l’ensemble figurant, à
la manière d’un diorama, un détail caractéristique
de certains paysages de la Creuse. À ce point de la recherche il
restait à s’interroger sur l’utilité d’un
tel diorama. La lettre mérite d’être citée dans sa totalité.
La signature est illisible
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A
la lecture de cette lettre il semblait évident que le peintre de
la Cheirade était également celui des panneaux du musée
de Guéret et je trouvais une explication très rationnelle
à son séjour prolongé loin de Paris : sans doute
était-il resté quelque temps en Creuse, très certainement
démuni de tout, et avait-il accepté de bon cœur et
en échange du logis et du couvert de réaliser quelques travaux
picturaux, dont celui du « grand carré » à la
demande des habitants de la Cheirade. La commande, par un photographe,
de panneaux peints destinés à un fond de diorama lui avait
apporté le peu d'argent nécessaire pour reprendre la route. Dans
mon parcours vers l’ouest ma préoccupation première
fut de rechercher des matières minérales colorées
formées dans le sous-sol, je n’ai rapporté de ce voyage
que peu de souvenirs des villes traversées : j'étais à
l'affût des flancs de ravins, des fronts de carrières, des
affleurements et des résidus d’extraction.
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| Extraits
du deuxième conte pictural > Contes picturaux, éditions Materia prima, 2001 |
La marche vers le levant fut très différente. Il faut penser que prendre la route de l'ouest nourrit le sentiment que les pas se chargent du mouvement du soleil et donne, au crépuscule, face à soi, le spectacle de son coucher. Dans nos régions le prix à payer est de savoir que la fin de la terre est proche et qu'il faudra très vite se résoudre à être parvenu au bout du monde. Au contraire, voyager vers les espaces infinis de l'Orient, à rebours de la marche solaire, expose, au moment de fatigue de la fin du jour, à avancer vers l'obscurité, sentant dans le dos la chaleur et la tentation de se retourner, anticipant ainsi le geste qui décidera de la fin du voyage. Je vous livre ici les bribes de réflexions notées au jour le jour dans la marche vers l’est La
peinture n’est pas faite d’une seule lumière. Pour
qu’une présence ou qu’un effet de présence se
réalise il faut que dans une construction picturale ayant figure
d’unité, cohabitent, se répondent, se tissent, au
moins deux lumières ; parfois plus, mais même dans les cas
les plus complexes les différentes lumières peuvent être
ramenées à deux lumières fondamentales : celle venant
du dessous, et celle venant du dessus.
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